jeudi le 24 novembre 2016
9h10
Silvestra Mariniello
Mot du département
9h15
Images Enfolded in Ritual, and Rituals Materializing from Images: Studies on Miraculous Agency in Early Modern Italian Art.
Steven Stowell, Concordia University. Conférence d'ouverture.
10h30
Panel 1 : Iconologies du rituel chrétien
Présidence: Fannie Caron-Roy
The Via Crucis of Puebla: The Ritual Architecture of an Imagined Jerusalem in New Spain
Juan Luis Burke, McGill University / State University of New York
The Via Crucis, otherwise known as the processional and devotional Way of the Cross, is in its most simple definition, a theatrical, ritualistic staging of one of Christianity's main tenets, the Passion of Christ. In the Spanish American Continent, in the early modern period, and concurrent with the conversion of the indigenous peoples, the tradition of the Via Crucis was adopted together with the Christian faith. One of the most outstanding examples of the Vias Crucis built in Spanish America is found in the city of Puebla, Mexico, and it is a testament to this city's explicit effort to mirror the city of Jerusalem—the axis mundi itself. The Puebla Via Crucis was built between the late sixteenth and seventeenth centuries, and continues to be ritually important as part of the celebrations observed during the Holy Week in that city. It is comprised of thirteen chapels distributed along the Hill of Loreto, in the oldest part of the city. One of the most outstanding conditions that characterize Puebla's Via Crucis is the way the architectural articulation of this ritual complex mimics, topographically, that of Jerusalem itself. My paper will address the history of this ritual complex; discuss Puebla's persistent desire to mirror Christianity's most idealized city; examine the compelling architectural and urban characteristics of this architectural and urban complex, in order to then discuss how communal ritual actions were central to a city's identity as a res publica in the early modern period.
Une matérialité au rituel : observations sur un calice et une patène du trésor de Saint-Denis
Marie-Hélène Bohémier, Université de Montréal
La soi-disant « Coupe des Ptolémées », un canthare de sardonyx du premier siècle de notre ère, présente une fascinante imagerie dionysienne. L'iconographie de ce don prestigieux de l'empereur Charles le Chauve à l’abbaye royale de Saint-Denis, montée sur un riche pied d’or pour servir de calice, a pourtant reçu très peu d’attention. Ce mutisme, selon certains chercheurs, détournait peut-être l’attention du spectateur loin de son iconographie et vers ses riches matériaux. Ornés comme des reliquaires, le calice et son homologue, la patène de serpentine du Louvre, ne faisaient pas qu’honorer la matière sainte qu’ils contenaient. Je veux suggérer qu’en étant déployés au centre de la cour royale carolingienne, ces objets éblouissants construisaient la sacralité et les sens mêmes du rituel eucharistique, dans un contexte où la doctrine de la transsubstantiation faisait l’objet de vifs débats théologiques. L’étude simultanée de l’iconographie et de la matérialité de ces objets liturgiques fonde une interprétation polysémique qui mêle le passé et le présent, le païen et le chrétien. Réemployée, la représentation du culte bachique devient ainsi une image de la vigne salvifique. La pierre de sardonyx, quant à elle, rappelle l’eau et le vin offert en libations, mais aussi l’eau et le sang qui ont coulé de la plaie du crucifié, ou encore les deux natures du Christ. La pierre de serpentine de la patène, pensée comme de l’eau pétrifiée dans la pensée antique et médiévale, abrite de petits poissons d’or frayant dans une seule direction. En tant que symboles paléochrétiens de l’ichtus, ils symbolisent à la fois la passion du Christ et ses fidèles qui ont reçu le baptême d’eau. Ainsi, je propose de jongler avec les études sur la matérialité et les remplois pour retrouver les sens oubliés de la fameuse « Coupe des Ptolémées » et de sa patène de serpentine dans leur fonction d’objets rituels carolingiens.
13h15
Panel 2 : Politiques coercitives
Présidence: Maude Trottier
The “Living Body” of Shōtoku Taishi in Kōryūji’s Jōgūōin and its Art Historical Implications
Daniel Borengasser, Harvard University
Prior to its ritual consecration as the living body of a legendary crown prince, the interior of the early twelfth century statue of Shōtoku Taishi (574 – 622) at the temple Kōryūji in Kyoto was ornamented with gold leaf and interred with numerous dedicatory objects. Through this ritual ornamentation and the ritual dressing of the image’s body in the robes of succeeding emperors, the statue fits within the modern discourse on shōjin 生身, or “living body” images that has emerged as a major field of study among influential scholars of Buddhist art in Japan. In critiquing this discourse, however, and in considering the theoretical implications of making the “living body” of the historical Shōtoku present five centuries after his death, I argue that the patron’s understanding of the image as a living deity must be understood as a product of both the influential Tendai Buddhist philosophy of the times and the Lotus Sutra’s discourse on the eternally present nature of the historical Buddha.
A Ritual in Pursuit of Continuity: Queen Victoria's Sequence at the Houses of Parliament
Dijana Omeragikj Apostolski, McGill University
This paper approaches the annual ceremony of the State Opening of Parliament, held at the new Houses of Parliament in London and focusing on the period between 1852 and 1886, as an effort for the construction of a common world that was meant to unite the Sovereign and Parliament, tradition and progress, and thus, ephemerally serve as a reaffirmation of XIX century expanding England. More specifically, this paper explores the building’s role in the ritual – its affective capacities that layered into a potent atmosphere, which, in turn, performed Queen Victoria’s metamorphosis into an embodiment of the concept of the constitutional Monarch through the ceremony of the Opening itself. This exploration is conducted through a historical and architectural analysis of Queen Victoria’s sequence, detailing the unfolding of the ceremony through the building, observations of movement, stylistic shifts, displayed art, and iconography.
15h15
Panel 3 : La performance comme redéfinition des frontières
Présidence: Anne-Marie Auger
« Missa dos Quilombos » : la messe transformée en spectacle de dénonciation ou quand le rituel, l’art et l’éthique se rencontrent
Angelo Cardita, Université Laval
On fait ici l’analyse critique de la messe brésilienne connue comme « Missa dos Quilombos », une œuvre artistique, voire poétique, musicale, religieuse et performative, animée d’une conscience éthico-politique qui se nourrit à son tour de la référence à la foi et à la liturgie chrétiennes. On dégage notre cadre théorique de la rencontre du rituel, de l’art et de l’éthique, à partir de données issues des domaines esthétique et théologique, lesquelles seront ensuite confrontées avec la « Missa dos Quilombos » sur les plans poétique, musical et performatif. On montre la façon dont la performance (rituelle et artistique) possède en elle-même la capacité de dépasser toute « fonctionnalisation » idéologique de la pratique et comment l’art, le rituel et l’éthique se rapportent, dans le cas de la « Missa dos Quilombos », à l’intérieur d’un mouvement qui va de l’acte religieux à l’activité artistique.
Poétique du rituel en art actuel
Camille Renarhd, Université du Québec à Montréal / University of Alberta
Depuis 2007, j’ai créé parallèlement plusieurs installations et performances rituelles. À partir de ces stratégies immersives (Moore, 2009) dans des cultures non-occidentales, j’en suis venue à développer une pratique performative et à incarner des rituels contemporains dans le champ de l’art. Celui qui fait l’expérience de rituels autochtones est renvoyé à ses propres constructions identitaires, à sa connexion fondamentale avec la terre et donc avec son corps autochtone (du grec issu de la terre même). Le rituel contemporain se construit sur la conscience de la connexion qui en est le cœur et l’enjeu. Elle est une invitation à mettre le corps en mouvement de manière à faire résonner des mémoires déjà-là (Tourangeau, 2014), ignorées, ou inouïes, qui ne sont pas entendues. Ces mémoires sont alors remises en jeu dans le présent et elles dialoguent avec un ici-et-maintenant qui se réactualise sans cesse. De plus, le rituel contemporain, défini comme un objet actif (Laval Jeantet, 2006) est un espace vibratoire qui participe, par leur mise en résonance, à la transformation (physique, psychique, énergétique) du performeur et du spectateur-récepteur.
Transes extatiques : la pornographie cinématographique comme rituel
Éric Falardeau, Université du Québec à Montréal
La pornographie est un genre qui propose d’abord et avant tout un ensemble de gestes codifiés et répétés de film en film pour le plaisir du spectateur. Cette communication propose de considérer le cinéma pornographique comme une « technique archaïque de l’extase » en s’appuyant sur la sérialité du genre ainsi que la performance corporelle des comédiens. D’une part, la gymnastique pornographique partage de nombreuses similitudes avec la pratique du rituel. D’autre part, les récits offrent régulièrement des représentations du rituel à travers la mise en place de lieux hors du temps. Le rôle central qu’occupe la performance (autant physique qu’esthétique) ferait donc du fait pornographique audiovisuel une forme de transe extatique et élèverait l’acte sexuel au rang de rituel. Ainsi, la pornographie proposerait une nouvelle vision de l’opposition entre le sacré et le profane à travers la mise en image de l’acte sexuel.
vendredi le 25 novembre 2016
9h05
Panel 4 : Transformations identitaires et corporelles
Présidence: Stéphanie Croteau
Quand homosexualité rime avec fécondité : le rite napolitain de la « figliata dei femminielli » dans La Pelle de Curzio Malaparte
Marie-Ève Laurin, Cégep de Saint-Laurent
Dans son roman autobiographique La Pelle (La Peau), publié en 1949 et mis à l’Index un an plus tard, Curzio Malaparte retrace l’occupation de l’Italie, principalement de Naples, par les troupes alliées. Mme Laurin s’intéressera dans son exposé à une scène du récit de Malaparte adaptée pour le cinéma par Liliana Cavani (1981): soit celle levant le voile sur le rite de la « figliata dei femminielli » dont aurait été témoin Malaparte lui-même. Accouchement à valeur symbolique, par un travesti, d’une poupée de bois au ventre gonflé et au phallus proéminent, la figliata apparaît comme une cérémonie d’initiation à une féminité particulière qui prolongerait certains rituels antiques de fécondité. La communication de Mme Laurin envisagera la scène du film à la lumière du récit de Malaparte et analysera, d’un point de vue ethnocritique, le rite lui-même et la valeur de sa description dans l’ensemble narratif qui l’englobe.
Le rituel en tant que mode de transformation identitaire chez Art Orienté Objet
Marianne Cloutier, Université de Montréal
Au début des années 2000, le duo français Art Orienté Objet (AOO) – formé de Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin – propose Manteau d'animaux écrasés, une installation-performance qui s’inspire des traditions chamaniques corses et du rituel d’endossement animal des sorciers Mazzeri. Ce dernier consiste à entrer en contact avec l’esprit d’animaux morts et à l'héberger afin de gagner les aptitudes propres à son espèce. Quelques années plus tard, avec La Pala de Libreville – Le Voyage en Iboga (2003-2004), les artistes se soumettent à nouveau à un rituel, cette fois-ci celui de l'initiation au Bwiti des Pygmées du Gabon : leur corps sera artificiellement plongé dans le coma par un psychotrope – l'iboga – afin d’atteindre une décorporation de l'esprit permettant une fusion avec les esprits de la nature et leur possession par des esprits animaux forestiers. C’est dans ces deux œuvres que se trouvent les racines conceptuelles de Que le cheval vive en moi (2011), un projet issu de plusieurs années de recherche et d’expérimentation en biologie et en éthologie, dont la phase finale consiste en une performance. Lors de celle-ci, Laval-Jeantet se fait injecter du sang de cheval et accomplit, avec l’animal présent en galerie, un rituel de communication consistant en une série de gestes codifiés. Par l’étude de ces trois projets, cette présentation visera à démontrer comment le rituel participe, chez AOO, d’un processus de transformation identitaire et d’un questionnement sur les limites de l’identité humaine. En effet, il est, chaque fois, un moyen d’atteindre cette liminalité du sujet que l’anthropologue Victor Turner avait définie dans son étude des rites de passages. Ainsi, nous verrons comment l’expérimentation de la liminalité, cette recherche de l’état d’entre-deux et d’indétermination du sujet, est, pour ces artistes, la voie permettant de s’ouvrir à une connectivité et à une fusion avec l'Autre, incarné ici par la figure de l'Animal.
Repenser le rituel : l’expérience-limite de l’effigie de cire au XIXème siècle
Aurélia Valterio, Université de Neuchâtel
Matériau du culte votif et du rituel funéraire depuis l’Antiquité, la cire a toujours eu une valeur magique de substitution à l’être réel. Les imagines romaines, masques en cire moulés sur le défunt, ont investi ce matériau d’un rôle de memorandum qui a traversé les siècles : la coutume des voti florentins ou la tradition des effigies royales dans la France du XVIème siècle, montrent en effet la survivance de cette fonction de mémoire et des pratiques qui y sont associées. À partir du XIXème siècle, les musées Tussaud et Grévin marquent définitivement le passage de l’effigie de cire de la sphère du sacré à celle du profane, tout en manifestant au sein même de leur dispositif la trace de pratiques anciennes et complexes. Malgré sa sécularisation, la figure de cire continue en effet de matérialiser la permanence de questionnements liés à la mort, qui subsistent non plus sous la forme d’un cérémonial ou d’un rituel, mais d’une expérience relevant d’une « esthétique du choc ».
11h00
Devora Neumark, artiste
Conférence-performance
13h45
Panel 5 : La pratique artistique comme rituel
Présidence: Julie Ravary
La pratique rituelle du film : retrouver le laboratoire
Emmanuel Falguières, École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) au Cena (Centre d’études Nord-Américaines)
Depuis une dizaine d’années et l’abandon de la filière du film argentique par l’industrie cinématographique, s’est constituée de par le monde une constellation de laboratoires artisanaux dédiés majoritairement au Super-8 et au 16mm. Nés des pratiques du cinéma expérimental à la fin des années 1990, ces lieux permettent aujourd’hui aux cinéastes de reprendre la main sur le film. C’est dans ces conditions que des artistes retrouvent dans leurs pratiques la temporalité et les gestes d’un travail en chambre noire, construisant leurs images dans un rituel où le chimique, le mécanique et l’esthétique se confondent. La révélation de l’image devient pour eux une étape non-évidente, un lieu du repli où la mécanique des procédés s'accompagne d'une expérience obscure — physiquement et métaphoriquement — qui contraint et libère les formes du film. A travers des exemples de films contemporains et une étude historique de différents laboratoires nous présenterons l’émergence de ces rituels retrouvées.
Danse contemporaine, autonomisation du danseur et rites
Sophie Michaud, Université du Québec à Montréal
Au Québec, il y a 35 ans, la danse professionnelle entrait dans un processus accéléré de transformation. En portant un regard sur le processus d'autonomisation qui s'amorce alors chez le danseur, nous nous pencherons sur l'invention de nouveaux rites individuels. Appréhendé dans son aspect fonctionnel, nous poserons l'acte rituel comme une action qui "délivre du désordre et opère une transformation" (Masse, 1994). Nous observerons le danseur qui rompu à la répétition en tous lieux de sa pratique, au temps de l'entraînement comme au temps de la création de l'œuvre se voit contraint et libre de trouver dans la réitération de gestes précis le moyen de veiller à la préservation de son intégrité morale et physique. L'approche, nécessitera l'examen des conditions actuelles de l'exercice du métier de danseur, voire ce qui dispose ou nuit à une conduite génératrice de sens. Inévitablement, nous aborderons la question du fractionnement de l'espace collectif.
Ritualiser le quotidien : mise en scène des gestes et des mots dans « The Day He Arrives » (2011) et « Right Now, Wrong Then » (2015) d’Hong Sangsoo
Christine Albert, Université de Montréal
Si toute l’œuvre de Hong Sangsoo pourrait être analysée par le biais du rituel (la régularité métronomique avec laquelle il réalise ses films et le retour des mêmes personnages et récits d’un film à l’autre en témoignent), on se penchera, dans le cadre de cette communication, précisément sur ces moments où le quotidien est « ritualisé », où une simple sortie au bar apparaît, au fil des répétitions, chorégraphiée. Par une analyse de la mise en scène et des dialogues, ce sera l’occasion de démontrer que le cinéma n’est pas seulement un outil de captation permettant d’observer certaines pratiques rituelles, mais également une occasion de transformer en rites nos gestes et nos mots les plus communs, ceux propres aux interactions quotidiennes.
Le rituel contre l'oubli : une archéologie du quotidien dans « Port of Memory » de Kamal Aljafari
Nour Ouayda, Université de Montréal
Dans son deuxième long métrage Port of Memory (2009), Kamal Aljafari suit sa famille après avoir reçu un ordre d'évacuation de leur maison dans le quartier d'Ajami, quartier autrefois riche sur le bord de mer à Jaffa. Le film s'ouvre sur une scène où un avocat annonce qu'il n'a plus l'acte notarié de la maison que la famille d'Aljafri lui avait confié. « Mais on ne garde pas les documents qui datent de plus de 10 ans monsieur... », affirme calmement l'avocat. À défaut de documents officiels, Aljafari pose le geste quotidien filmé comme rituel d'une appartenance conflictuelle des Palestiniens à leur territoire. Cette communication vise alors à s’interroger à la place qu’on les rituels dans l’écriture d’une histoire et d’une mémoire d’un lieu traumatisé et d’un peuple dont les racines sont effacées. Port of Memory, en se focalisant sur les rituels du quotidien, ancre la famille d’Aljafari dans leur maison et se présente comme moyen de résistance concret contre l’oubli.
The Ritual in/of Neurodivergent Art
Alexandra Duncan, University of Alberta
Neurodiversity and disability rights movements recognize that there are multiple ways of being, thinking, and perceiving in the world. Since the 1980s, Contemporary Disability Arts has operated alongside Disability rights activism and Critical Disability Studies scholarship, providing opportunities for artists to communicate their lived experiences of disability, thereby challenging the problematic dominant constructions and representations of disability in fine art, popular culture and advertising. Ritual is central to the work of many contemporary neurodivergent (particularly autistic) artists. Such artists represent ritual and repetitive behaviours (such as self-stimulatory behaviour, or "stimming") as an important aspect of daily life through their artwork. At the same time, neurodivergent artmaking often serves as a ritual practice in itself, evident in the repetition of forms and gestures in neurodivergent artwork. This paper examines the work of neurodivergent/autistic artists as both representing and enacting ritual, and probes the question of "how is ritual foregrounded in these artists' works, and to what end?".
16h00
Marion Froger, Université de Montréal
Conférence de fermeture