mercredi 14 novembre 2018
C-3061
16h00
Mot d’ouverture du comité scientifique
16h20
Panel 1 : L’ironie et l’autocritique disciplinaire
Présidence: Samy Benammar
Mordre la main qui nourrit : la critique disciplinaire par l’humour en mode contemporaine
Jade Bergeron, Université du Québec à Montréal
Au sein de l’industrie de la mode, l’humour et le comique sont devenus des stratégies de vente qui servent à donner une impression d’accessibilité à des produits de luxe généralement destinés à une minorité de la population. Or, pour certain-e-s créateur-trice-s, l’utilisation de l’humour sert non seulement de coup publicitaire, mais témoigne également d’une affirmation de l’autoréférentialité, de la réflexivité et du potentiel critique de la discipline. L’humour, en ce sens, peut être vu comme l’un des symptômes d’un changement de représentation de la mode et de sa cristallisation en tant que discipline artistique. Quelle est donc la portée de l’humour dans un système au sein duquel la critique est presque infailliblement paradoxale?
La page facebook comme institution : vers une définition du mème ironique sur internet à travers la théorie institutionnelle de l'art
Antoine Achard, Université de Montréal
Notre communication s’intéresse au phénomène des mèmes ironiques sur Facebook, que nous analyserons à l’aune de la théorie institutionnelle de l’art de George Dickie, ainsi que de l’essai The Artworld (1964) d’Arthur Danto. Semblablement au « monde de l’art » tel que décrit par ces deux auteurs, il existe un « monde du mème » constitué par des pages qui, par la reconnaissance qu’elles ont obtenue dans le milieu, s’arrogent le droit de décréter quel mème est ironique. En d’autres mots, de la même manière que des boîtes Brillo deviennent « art » lorsqu’elles sont déposées dans un musée, un mème a le potentiel de devenir ironique lorsqu’il est repartagé sur une page qui a la réputation de faire dans l’ironie.
Quand l'ironie ne suffit plus : le cas Shia LaBoeuf
Gabriel Gagnon, Université de Montréal
Selon l’auteur David Foster Wallace, l’intrusion de l’ironie dans les contenus télévisuels et les publicités américaines à partir des années 80 remet en question la pertinence d’une pratique artistique de l’ironie. En devenant une tactique institutionnelle de représentation, l’ironie aurait perdu sa capacité à critiquer le système dominant en promouvant un cynisme superficiel et hégémonique. Cette mise en garde de Foster trouvera rapidement écho dans les sphères artistiques et s’imposera progressivement comme constat : l’ironie ne suffit plus, il faut la dépasser. Alors quand, en 2014, Shia LaBeouf rejoint le duo d’artistes constitué de Nastja Säde Ronkkö et de Luke Turner (responsable du The Metamodernist Manifesto, 2011) pour performer l’œuvre #IAMSORRY, c’est justement à cette problématique qu’il tente de répondre : quoi faire après l’ironie? Quand tout a été ironisé, que même la télévision rit d’elle-même, que reste-t-il à dire qui n’a pas déjà été moqué, déconstruit, mis à nu?
17h30
Période de questions
18h00
Ersy Contogouris, Université de Montréal
Conférence d'ouverture
19h00
Cocktail de lancement des actes et du site internet du colloque
C-2081
jeudi 15 novembre 2018
C-3061
10h30
Maria Corrigan, Emerson College
Conférence
11h30
Pause café
12h00
Panel 2 : Rires, rites et traditions
Présidence: Philippe Depairon
Oralité, pastiche et nouveaux médias
Cheick Sakho, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
L’Afrique est un continent où l’oralité est encore vivante. On peut d’ailleurs affirmer qu’elle a encore de beaux jours devant elle, si on se fie à sa vitalité actuelle. Les conditions de son énonciation (moment, lieu, forme, énonciateur, etc.) qui étaient, rigoureusement définies et encadrées semblent toutefois beaucoup plus souples de nos jours. Par exemple, aujourd’hui avec Internet, l’espace virtuel est devenu le nouveau contexte d’énonciation privilégié au détriment de la cour familiale ou du village. Le réseau social whatsApp est devenu un cadre de rencontre virtuel, pour les jeunes qui créent des groupes auxquels ils donnent l’appellation dingire (sing. dingiral ; signifie : place ou espace, en langue peule). Dans ce nouveau contexte, on voit émerger une nouvelle forme de littérature basée essentiellement sur le pastiche et la parodie des grandes œuvres orales parmi lesquelles on peut citer le pekaan 1 ; mais au-delà, on y trouve représentées aussi, de façons décalées, des scènes de la vie quotidienne (apprentissage de la charia, récitation du coran, par exemple) et traités des sujets sérieux comme la mort, l’immigration, la politique, à travers la dérision des acteurs.
Un humour relatif : du bouffon au bouc émissaire, le cas pathétique d’Ismael dans Rois et Reine d’Arnaud Desplechin (2004)
Diane Rossi, Université de Montréal
Ismael Vuillard, personnage principal du film Rois et Reine (Arnaud Desplechin, 2004), oscille entre un comportement fantasque proche de la bouffonnerie et une attitude hâtivement qualifiée de psychotique. Interné en hôpital psychiatrique à la demande de tiers, nous tenterons d'élucider les raisons de cet enfermement. En nous basant sur la théorie du rire d'Henri Bergson nous rappellerons d'abord le fonctionnement du rire humain ainsi que celui du comique avant d'étudier la fonction humiliante et corrective de ce rire dans une société principalement en quête de tranquillité. À travers l'analyse du personnage d'Ismael et de son langage dans un court extrait du film, nous tenterons d'analyser et de comprendre comment un comportement un peu exubérant susciterait le rire chez le spectateur. Qu'y a-t-il au-delà du rire, à partir de quel degré d'intranquilité ou de déviance selon une norme, un même comportement bascule du drôle au répréhensible - puis au menaçant - à travers une condamnation sociétale ?
12h50
Période de questions
13h20
Dîner
14h30
Panel 3 : Dispositif humoristique
Présidence: Ariel St-Louis Lamoureux
La hyène adulescente trickster et la maîtresse ignorante : L’humour et le jeu au cœur d’une pratique artistique et pédagogique
Marie Pier Théberge et Moniques Richard, Université du Québec à Montréal
L’humour comme procédé artistique permet-il un rapprochement avec un jeune public? Comment éveiller le potentiel critique de la jeunesse quant aux genres normatifs, aux mythes et symboles genrés? Quels liens faire avec les pratiques culturelles des jeunes, qui se déploient dans divers genres de représentation? Y a-t-il des pratiques et langages à privilégier? Pour répondre, une artiste aborde l’humour comme principal moteur de sa création, favorisant l’amalgame de disciplines; puis, une pédagogue présente l’humour comme croisement de genres disciplinaires, détournement de codes et subversion du genre. À l’aide des théories psychanalytiques freudiennes, de la bisociation koestlerienne et d’études queer, elles performent leur récit de pratique. Elles exposent ainsi le potentiel ludique, transgressif et paradoxal de l’humour en incarnant, pour l’une, une persona d’adulescente trickster à l’effigie d’une hyène tachetée; pour l’autre, un guide “ignorant” (Rancière) qui précipite des étudiants dans le vide par la production de projets ludiques.
La signalisation routière comme dispositif humoristique
Alexandre Ménard, Université du Québec à Montréal
La recherche-création d’Alexandre Ménard porte principalement sur les modalités de production et de présentation de l’image imprimée. Elle s’élabore d’après des théories de l’humour et des stratégies de nature ironique et parodique, en opérant des glissements des codes et des conventions esthétiques traditionnelles de l’estampe. Il aborde dans son travail la signalisation routière du Québec en détournant de façon parodique ces objets codifiés qui conditionnent nos déplacements. Par une réutilisation directe de leur langage iconographique, il reconfigure leurs pictogrammes afin de créer de nouveaux ensembles ludiques, narratifs et séquentiels. Il met ainsi en relation les dispositifs de la signalisation routière à un métissage de procédés associés à la peinture, à la bande dessinée et au cinéma. Il développe de cette façon des liens qui unissent son travail à celui d’autres créateurs, par le transcodage d’œuvres antérieures en pictogrammes routiers.
Timing is Everything: Comedy, Theatricality and Joke-Telling in Contemporary Art
Matthew Flores, University of Georgia
Cette présentation utilisera mes propres travaux pour soutenir que des méthodes comiques peuvent être déployées dans des moyens qui déstabilisent l’acte de regarder, remettant en question les présomptions esthétiques afin d'interroger nos attentes lorsque nous découvrons une œuvre d'art. Je soutiens en outre que ces méthodes, en rendant apparente la nature transactionnelle de la comédie et de l’art, soulignent la complicité consciente du public et recadrent les perspectives du sujet et de l'objet. En résumé, je m'appuierai sur mon propre travail, ainsi que sur la théorie «d'absorption et de théâtralité» de Michael Fried et sur le concept de «la comédie concrète» de David Robbins - pour établir un parallèle entre l’art et la performance comique, puis j’utiliserai mon propre travail pour établir ce que ces parallèles deviennent quand ils sont le sujet même de l'art.
15h40
Période de questions
16h10
Pause
16h30
Panel 4 : Dévalorisation des oeuvres humoristiques
Présidence: Juliette Bergeron
À contresens de l'humour : Les revues spécialisées et les comédies cinématographiques québécoises (1970-1975)
Sacha Lebel, Université de Montréal
Cette présentation fera le bilan quantitatif et qualitatif des critiques se trouvant dans les trois principales revues spécialisées en cinéma du début des années 1970 (Séquences, Champ Libre et Cinéma Québec), face à un corpus de neuf comédies québécoises. Ces dernières ont été, selon nous, victime d’un mécanisme de violence symbolique mis en place par l’intelligentsia moderne qui agissait dans un désir de distinction. Désireuse de consolider son statut de nouvelle élite face à l’ancienne garde cléricale, cette communauté effectua un processus de sélection culturel, encensant les « bons objets » et pourfendant les «mauvais». Finalement, nous explorerons les raisons sociales et esthétiques de cette position à contresens de la réception populaire.
The Crude Education of Michael Snow’s High School (1979)
Cameron Moneo, York University
Le livre d'art High School (1979) de Michael Snow - imprimé pour simuler un cahier à reliure spirale que l'on pourrait trouver dans le sac à dos d'un adolescent - ses pages gribouillées de questions tests sous la forme de griffonnages sexuels bruts, de jeux de mots juvéniles et d'énigmes à se gratter la tête, est une curiosité dans l'œuvre de Snow et n'a reçu pratiquement aucun commentaire critique. Cet article revisite l’école secondaire comme moyen de discuter des aspects de l’humour récurrents tout au long de la carrière de Snow en tant qu’artiste visuel et cinéaste avant-gardiste. Un lien sera établi entre Snow et Marcel Duchamp, qui partagent un penchant pour les jeux de mots et l'humour adolescent - souvent sexiste - tout en conservant une approche nettement intellectuelle de l'art. Cet article cherche à contextualiser cette impulsion mixte, vers un humour à la fois brutal et sophistiqué, dans le paysage plus vaste de l'art avant-gardiste du XXe siècle, où les artistes se positionnent souvent à la fois comme naïf et génial - ou, dans le cas de High School, écolier et maître d'école.
L'humour de Katherine Jane Ellice (1813-1864)
Marie Ferron-Desautels, Université du Québec à Montréal
Katherine Jane Ellice (1813-1864), aquarelliste et caricaturiste d’origine écossaise, voyage au Québec en 1838. Tout au long de son périple, elle écrit un journal de voyage empreint d’ironie, de moquerie et d’exagération dans lequel elle relate de nombreux fous rires. Ses écrits permettent de constater que le rire et l’humour font partie intégrante de sa sociabilité et de sa production artistique. Dans le cadre de cette présentation, je m’intéresserai au contenu humoristique de l’album d’Ellice conservé à Bibliothèque et Archives Canada. Alors qu’historiquement les femmes ne sont pas associées à l’humour, reconnaître qu’elles ont un sens de l’humour permet de faire émerger une part négligée de leur production, venant ainsi contredire les idées préconçues de bienséance et d’austérité que l’on associe aux femmes de l’époque victorienne et permettant d’en offrir un portrait bien plus complexe.
17h40
Période de questions
vendredi 16 novembre 2018
C-3061
11h00
Panel 5 : Réclamations postcoloniales
Présidence: Ouennassa Khiari
C’est vraiment juste une blague? Quand l’humour devient vecteur de vivre ensemble
Emmanuel Choquette, Université de Montréal
Selon Meyer (2000), l’humour possède deux types de fonctions : il « divisive » ou unie. Certains estiment également que les discours humoristiques érigent des ponts entre les communautés (Jérome 2010; Charaudeau 2013), tandis que d’autres croient qu’ils peuvent nourrir les préjugés (Boskin 1990; Ziv 2010). Pour Aird (2004) cependant, l’humour constitue le miroir de la société. De ce point de vue, si on considère les discours humoristiques comme incarnant une partie de notre reflet social, quelle image est ainsi projetée par l’humour au Québec? Les concepts véhiculés par ces discours donnent-ils une perspective positive de la vie collective ou au contraire, témoignent-ils d’un effritement du « contrat social »? À partir d’une analyse de contenu de près d’une centaine d’extraits de vidéos d’humour, cette étude vise à mettre en lumière certaines dimensions politiques, tantôt évidentes, tantôt plus subtiles des discours humoristiques québécois, en matière d’identités, de pluralisme ou de multiculturalisme.
Will It Take Humor to End French Colorblindness? Addressing Race at the Marrakech du Rire
Tony Haouam, New York University
Aujourd'hui en France, l'humour est peut-être l'outil qui permet le plus de liberté pour aborder des sujets controversés, à savoir la race. Ma présentation explore comment les comédiens du Marrakech du Rire - le plus grand festival de comédie francophone au monde, retransmis chaque année à la télévision française - exploitent le rire afin de mieux comprendre ce qui caractérise la race et l’expérience d’être racialisé, tant sur le plan linguistique que corporel. Bien que la France ait encore du mal à accepter la terminologie raciale au nom de la francité - l'Assemblée nationale a récemment voté en faveur de la suppression du mot «race» de la constitution -, je soutiens que la scène de la comédie est l’un des rares espaces discursifs qui contredit le daltonisme institutionnalisé de la France.
11h50
Période de questions
12h20
Dîner
13h50
Panel 6 : Limites et plateformes de l’humour féministe
Présidence: Anne-Gabrielle Lebrun Harpin
Abject Laughter: A Rearticulation of Gross-Out Comedy
Kate J. Rusell, University of Toronto
L'humour est fréquemment invoqué comme marqueur de ce qui différencie l'humain de l'animal. Cependant, cette frontière entre l'humain et le non humain recèle de nombreux points de divergence et le rire éclate souvent lorsque cette frontière glissante est révélée. Cet article aborde la question de l'animalité en relation avec des représentations du corps féminin abject qui, sans être rendues horribles, deviennent plutôt humoristiques. Au lieu de positionner l'humain comme supérieur à l'animal non humain, l'humour peut présenter une révolte joyeuse contre les contraintes de la société civilisée, en particulier pour les corps soumis à une normalisation disproportionnée. Cet article propose qu'une réorganisation de la comédie «Gross-Out» - qui appartenait traditionnellement aux groupes sociaux hégémoniques - a le potentiel d'ouvrir un espace pour un rire abject qui rejette les conditions oppressives de la société normative.
The World Turned Up-Side-Down”: Cartoonists’ Ridicule of Woman’s Rights, from the Home to the White House, 1850-1861
Andrea R. Foroughi, Union College
En réponse aux conventions des années 1850 sur les droits des femmes, les périodiques illustrés comprenaient des caricatures ridiculisant ces efforts de réforme en décrivant un «monde renversé» à travers l’inversion des sexes. Les caricaturistes représentaient généralement des figures féminines revêtues de vêtements et de rôles masculins, et inversement, plutôt que comme des individus identifiables. À l'occasion, les caricatures de ces périodiques se moquaient de certains hommes politiques pour ne pas s'être acquittés de leurs fonctions de dirigeants élus. Ils étaient représentés dans des vêtements féminins interprétant les rôles domestiques et présentant une indécision et un illogisme, caractéristiques qu’ont associaient aux femmes. Ce document examine en quoi les caricatures politiques s’inspiraient de la désapprobation générale des droits des femmes. Les caricaturistes dédaignaient les revendications des femmes en ce qui concerne leur autonomie individuelle et leur participation politique aux critiques des plus hauts dirigeants élus du pays.
Ridiculus Pupulus Priapus: Ventriloquism in Mary Reid Kelley’s Priapus Agonistes (2013)
Jordan Dopp, University of Georgia
Connues pour une série de vidéos érudites en noir et blanc (2009-2018), les adaptations des mythologies classiques de l’artiste contemporaine Mary Reid Kelley sont perverses, anachroniques et drôles. Dans toutes ses vidéos, Reid Kelley crée un décor semblable à une scène pour des personnages costumés, interprétés pour la plupart par l'artiste, afin d'interpréter des récits scénarisés écrits en pentamètre iambique. Priapus Agonistes (2013) est une œuvre particulièrement humoristique, qui fait explicitement l'objet d'une satire de l'Antiquité classique par le biais d'un traitement ventriloque du principal antihéros, Priapus. Comme je le ferai valoir, dans Priapus Agonistes, une adaptation de Thésée et du Minotaure, Reid Kelley joue le rôle de ventriloque. Via Priapus, elle joue celui du stupide - ce qui fait de l’artiste son propre antagoniste risible, et finalement sinistre. J’analyserai ce que réalise Reid Kelley par cette stratégie inhabituelle qui utilise l’humour comme le principal outil par lequel les subversions de l’artiste - masculinité, classicisme et archétypes féminins - ont lieu.
15h00
Période de questions
15h30
Pause
15h50
Angela Vanhaelen, Université McGill
Conférence de fermeture
16h50
Mot de la fin et vins et fromages
C-2081